L'Ecole de Poudlard

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 Tralalalalaoaaaa

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Claire Luminatis
Directrice Adjointe de Poudlard, Directrice de Gryffondor, Professeur de SACM


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MessageSujet: Tralalalalaoaaaa   Ven 26 Mai à 18:05

Premier épisode

Prisci leva les yeux au ciel en franchissant la passerelle.
- Je vais être malade, chantonna-t-elle avec sarcasme et rancune.
- Mais non, tu ne le seras pas ! la rassura Val avec impatience.
- J’ai le mal de mer, je te dis !
Liko craqua les jointures de ses doigts, l’air de ne pas avoir l’air.
- Et toi, t’es l’innocence même, je suppose ? râla Prisci, de très mauvaise humeur.
- Comment veux-tu y aller autrement qu’en bateau ? riposta sèchement Liko. En voiture, sans doute ?
Le fait est qu’il est crevant de se lever à trois heures du matin, une sonnerie dévastatrice d’un GSM profiteur bourdonnant dans leurs oreilles, de batailler pour réunir les dernières affaires dans leurs bagages et de courir partout pour ne pas rater le bateau.
Priscilla – Prisci ou la Quiche, dixit Loïc –, Liko, c’est-à-dire Loïc, Valentine ou Val, Amandine ou Ama, Corentin, Nathalie mais communément appelée Nath, la petite sœur de Prisci, Marco, Jérémy, Zoé et Delphine – ou Deloune ou encore Del – partaient en Angleterre. Il avait fallu des trésors d’ingéniosité et d’argumentation pour convaincre tous les parents de les laisser partir seuls. La perspective de ces vacances les enchantait : ils pourraient faire ce qu’ils voudraient !
La seule qui détestait cette idée était Nath. Pas une seule fille de son âge dans ce groupe de grands. Mais, forcée par le père qui disait qu’elle apprendrait beaucoup dans ce voyage d’un mois, elle avait dû les accompagner et grinçait furieusement des dents.
Le groupe entra, un par un, dans l’imposant bateau. Il aboutit dans un hall au parquet ciré qui était peuplé de petits magasins. Des flèches indiquaient respectivement le réfectoire, les WC, les salles de jeux. Une réceptionniste les reçut.
- Bonjour, êtes-vous le groupe qui…
- Oui, coupa Zoé.
- Je vais vous mener à vos chambres, suivez-moi.
Nath traînait des pieds.
- Arrête de râler ! lui intima Prisci en lui filant un coup de coude.
- Mais ça fait mal, arrête !
- Alors, arrête aussi !
L’intéressée grommela une réponse maussade comme quoi le chantage c’est de famille et s’éloigna.
La jeune femme les conduisit dans un dédale de couloirs aux murs blancs. La mauvaise humeur du groupe s’atténuait peu à peu, et un frisson d’excitation montait dans les rangs. Un mois de liberté !
- Vous êtes dix, n’est-ce pas ? dit la réceptionniste. Vous aurez quatre chambres, deux de trois places et deux de deux. Départagez comme il vous plaira.
Elle s’arrêta devant des portes immaculées. Tous les murs qu’ils avaient longé présentaient le même modèle de portes, seul le petit chiffre noir changeait.
- Voici vos chambres, le 063, 64, 65 et 66, annonça-t-elle. Je vous laisse, à présent. Bonne journée.
Elle leur tendit quatre clés sur lesquelles il était gravé les chiffres en question et s’en alla, clopinant sur ses hauts talons.
Enthousiasmé, Marco ouvrit la porte du 064. La chambre était spacieuse et dégageait une atmosphère chaleureuse. Une fenêtre trônait dans le mur du fond, répandant une luminosité agréable et éblouissant deux lits posés côte à côté. Ils étaient raisonnablement larges. Deux armoires blanches étaient apposées contre un mur ainsi qu’un porte-manteau, et une porte annonçait la salle de bains. Les autres chambres étaient plus ou moins pareilles.
- Je vais avec Val, déclara Prisci d’un ton catégorique.
- Je viens avec vous, décida Ama.
- Zoé, tu veux aller avec moi ? demanda Del.
- J’ai qu’à aller avec Liko et Jérémy, proposa Marco.
- Il y a un problème, là ! gémit Corentin, parcouru de sueurs froides.
- Il va se ramasser la sœurette, le malheureux ! ironisa Nath. Ayez pitié de lui.
- Je peux aller avec toi, si tu veux, suggéra Del.
Prisci lui jeta un regard assassin.

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Claire Luminatis
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MessageSujet: Re: Tralalalalaoaaaa   Sam 27 Mai à 12:05

Après inspection des chambres, il fut décidé que Ama-Val-Prisci prendraient le 063, Zoé-Nath le 064, Liko-Jérémy-Marco le 066 et Corentin-Del le 065. L’heure qui suivit fut passée à déballer les bagages.

***

Zoé était sortie sur la terrasse pour prendre un bol d’air frais. En fait d’air, c’était plutôt une tempête qui fouettait son visage tandis que la lumière aveuglante lui transperçait les yeux.
Del ne tarda pas à la rejoindre. Avec un paquet de Croc Nuts dans les mains. Elles n’en avaient jamais goûté et elles adorèrent ! Les Croc Nuts faisaient un tel bruit quand elles les croquaient qu’elles étaient obligées de crier pour s’entendre. Lorsqu’elles s’en aperçurent, elles en pleurèrent de rire, et le sel leur brûlait les lèvres.
Lorsqu’elles se furent un peu calmées, Zoé proposa de rentrer. Elle avait froid et le vent hurlait. Mais Del refusa. Zoé haussa les épaules et tourna les talons. Del serait bien forcée de la suivre.
C’est lorsqu’elle s’apprêtait à ouvrir la porte et que Del commençait à se dire que bon, elle allait rentrer aussi, qu’elles furent plaquées au mur sans même comprendre pourquoi. Des explosions se frottaient à leurs oreilles, et un kaléidoscope de couleurs flottait devant leurs yeux.
Un nouveau choc acheva de les sonner. Elles n’entendaient pas les hurlements de terreur qui sortaient par lambeaux du bateau. Elles ne comprirent même pas que des chaises les suivaient en se massacrant contre le mur. Elles avaient oublié qu’elles étaient sur un bateau. Une horrible souffrance vrilla brutalement leur corps et elles s’évanouirent sans un bruit quand des rochers aiguisés vinrent les frapper à la tête et au cou.

***

Jérémy se frotta les yeux, perplexe. Il avait très mal à la tête, et il se pencha pour vomir.
Des nausées montèrent dans sa gorge mais il se domina. Son cerveau était comme embrumé, et il ne comprenait plus rien.
Il cligna des yeux et la terreur s’insinua en lui comme un serpent lorsqu’il se souvint du choc. Il était sorti avec Corentin et Liko des chambres, dans le bateau, pour… pour aller manger un morceau. Oui, c’était ça.
Ils avaient été projetés trois mètres plus loin… Là, Jérémy avait beau se creuser la tête, rien ne lui venait à l’esprit.
« Le bateau a dû heurter un récif, un truc comme ça. » Un coup de couteau se planta en lui : y avait-il eu des blessés, des morts ? La vision de cadavres déchiquetés lui bloqua la respiration un instant.
Il cligna de nouveau des yeux. Il était dans une couloir froid, obscur et humide. D’étranges reflets lumineux dansaient sur les murs de granit, comme s’il y avait de l’eau. Jérémy plissa les yeux, interloqué. Son cerveau tournait à plein régime. « Je dois être dans le bateau… Mais comment aurais-je atterri là ? »
Il promena son regard et son cœur cessa de battre lorsqu’il vit deux silhouettes sur le sol. Avec circonspection, il s’en approcha. « C’est sans doute Liko et Corentin. »
Lorsqu’il s’approcha d’elles, il constata qu’il avait bien deviné. Il eut un haut-le-cœur en voyant Liko baigner dans une mare de sang. Tremblant, il le retourna sur le dos. Liko remua et il se sentit soulagé. Il l’examina et constata qu’il était blessé à l’omoplate. Il sentit son estomac se révulser en voyant l’immonde plaie sur l’épaule, qui était carrément défoncée. « Il faut le soigner » pensa-t-il à contrecœur. Mais il fallait aussi voir Corentin.
A part une éraflure au côté du ventre, Corentin était indemne et il se réveilla presque aussitôt.
- Quoi ? geignit-il en reconnaissant Jérémy.
- On a fait un naufrage, je crois, expliqua-t-il.
- Quoi ?
- Le bateau, allez, lève-toi.
- Non…
Corentin se retourna et Jérémy poussa un soupir. Tant pis. Il se tourna vers Liko, toujours inconscient, et décida de lui faire un bandage. Il s’avança donc vers Corentin et entreprit d’arracher un morceau de son tee-shirt.
- Mais qu’est-ce que tu fous ? protesta Corentin.
- J’essaie de te rendre utile, répondit Jérémy.

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MessageSujet: Re: Tralalalalaoaaaa   Sam 27 Mai à 12:05

- - Je me rendrai bien utile moi-même, grogna Corentin en essayant de se relever.
Mais Jérémy avait déjà arraché le morceau de tee-shirt et il entreprit de faire le bandage à Liko. Corentin essayait de reprendre ses esprits.
- Tu me dois un morceau de tee-shirt, marmonna-t-il.
Jérémy leva les yeux au ciel :
- T’es con ou quoi ?
- Ca va… Il a quoi ?
- Regarde toi-même.
- Non, je ne supporte pas la vue du sang.
- Le pauvre chéri !
- Non, je suis sérieux, j’en suis vraiment malade.
Jérémy ne répondit pas et termina le bandage.
Soudain, une porte jusque-là insoupçonnée s’ouvrit à la volée. Jérémy crut s’évanouir de frayeur et Corentin poussa un cri.
- Corentin ? dit une voix.
Tous deux furent soulagés. C’était Nath.
- Ca va ? demanda Jérémy.
- Je me suis foulée le poignet mais à part ça, ça va, répondit-elle. Et vous ?
- Ca va, mais pas Liko.
- Comment ça ? protesta Corentin. Et mon éraflure horrible au ventre, alors ? Je souffre !
- Si tu continues à chialer comme ça, tu vas voir que je vais abréger tes souffrances, moi ! s’emporta Jérémy.
- Mais je chiale pas !
Jérémy haussa les épaules et, en tant que jeune athlète au profil d’un dieu grec et aux bras musclés, hissa Liko sur ses robustes épaules. Le dieu antique tourna élégamment son cou et l’on put voir les tendons de sa gorge dessinés en relief sur sa peau tannée. De sa voix puissante, grave et mûre, il demanda avec supériorité à la jeune adulatrice qui lui faisait face :
- Femme, où sont les autres ?
- Comment ça, « femme » ? s’indigna Nath. Je suis pas ta bonne !
- Oui bon d’accord, où sont les autres ?
Le fait est que Nath n’imagina pas que Jérémy avait simplement oublié son prénom et qu’il l’avait nommée « femme » faute de mieux. Ce n’est pas une très bonne explication, mais c’était ainsi.
- Je les ai pas trouvés, marmonna Nath, affreusement vexée. Mais on n’a qu’à les chercher.
Sur ce, elle tourna les talons et s’avança vers la porte.
- Eh, attends ! protesta Jérémy en se lançant à ses traces, suivi par Corentin qui gémissait à chaque mouvement.
Ils finirent par la rejoindre, stoppée en face d’une porte verrouillée.
- Demi-tour, décréta Jérémy, sourd aux lamentations de Corentin qui maudissait sa blessure.
- Pas du tout, rétorqua Nath d’un ton méprisant qui signifiait que Jérémy serait haï à tout jamais. Comment crois-tu que j’ai ouvert l’autre porte ?
Elle sortit un bout de fil de fer de sa poche. D’une main experte, elle tripota le mécanisme de la serrure qui émit un cliquetis lancinant.
- Tu sais crocheter les serrures, toi ? s’étonna Jérémy.
Pour toute réponse, Nath ouvrit la porte. Maintenant, c’était elle la déesse grecque.
- Ohé ! lança-t-elle à tout hasard.
- Nath ? répondit la voix de Val.
Tout le reste du groupe était là. Ils semblaient plus ou moins en bonne santé.
- Mais la porte était verrouillée… émit Ama d’une voix blanche.
Nath agita le fil de fer devant leurs yeux ébahis.
- Vous allez bien ? demanda Val.
- Non, geignit Corentin.
- Mais si, riposta Jérémy en assassinant du regard Corentin.
- Qu’est-ce qu’il a ? demanda Prisci.

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MessageSujet: Re: Tralalalalaoaaaa   Sam 27 Mai à 12:06

- Je me meurs, râla Corentin.
- Hein ? s’affola-t-elle.
- Rââ…
- Tais-toi, imbécile ! s’emporta Jérémy. Il va très bien. Il a simplement une éraflure au ventre.
- Mais ça fait atrocement mal !
- T’en mourras pas. Mais vous n’êtes que cinq ?
- Del et Zoé ne sont pas là, dit tristement Ama.
- Quoi ?
Tous se turent.
- Elles étaient sur la terrasse, dit Marco d’une voix qu’il voulait assurée.
Silence.
- Soit elles étaient sur celle de devant, de là d’où venait le choc… poursuivit-il. Soit elles étaient sur celle de derrière. Dans les deux cas…
Il eut un haussement d’épaules qui signifiait qu’il n’en donnait pas cher de leur peau.
Soudain, un claquement sec les fit sursauter. La porte s’était refermée. Le bruit leur glaçait les sangs. Sans mot dire, Nath alla la rouvrir.
Enfin, plutôt, essaya de l’ouvrir.
Un vent froid passa sur le groupe lorsque la porte refusa de se rouvrir.
- Laisse-moi faire, grogna Jérémy. Elle doit être simplement coincée.
Le dieu antique, avec une nonchalance naturelle, posa sa virile main sur la poignée disgracieuse et la tourna de toute sa divine force.
Mais rien.
Le fil de fer cliqueta dans la serrure, sans résultat.
Tout à coup, ils furent renversés sur un mur. Le bâtiment bougeait dans des grincements inquiétants. Un vacarme épouvantable retentit… puis ils se sentirent tomber.
Le bruit de l’eau qui s’écoule leur fit battre le cœur à tout rompre. Il y avait un petit trou dans un mur. L’eau ruisselait d’abord timidement. Puis elle gicla dans une gerbe d’eau.
Et ils étaient coincés.

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MessageSujet: Re: Tralalalalaoaaaa   Sam 27 Mai à 12:06

Episode 2

Un éclat de rire dément les fit frémir. Corentin était devenu complètement hystérique et il riait en clamant :
- C’est la dernière douche !
Sa voix folle était plus effrayant aux yeux du groupe que l’eau qui s’élevait lentement dans la pièce.
- Faut en profiter !
- Non, attends ! hurla Prisci, mais il était trop tard.
Corentin fonçait déjà vers la gerbe d’eau en dansant sur place, toujours ricanant.
La puissance de l’eau le projeta presque sur le mur derrière lui. Hoquetant, crachant, il tenta de se dégager, mais l’étau liquide qui entrait dans sa bouche ne voulait pas le laisser. Il tomba soudain sur le sol, les mains autour de la gorge.
Une sueur froide courut sur le groupe.
- La dernière douche, hein ? marmonna d’un ton mauvais Jérémy en haussant les épaules. Eh ben, t’en as profité.
Il s’avança vers Corentin et le glissa sur le sol en grommelant. Puis, comme Corentin revenait à lui, Jérémy le gifla.
- Mais ça va pas, non ? s’exclama Corentin en se tenant la joue.
- Ca t’apprendra à être hystérique, répondit Jérémy en le relevant avec rudesse.
La gifle avait visiblement apaisé tout le monde.

- Chers amis, dit soudain Val.
Tous les regards se tournèrent vers elle. L’eau leur arrivait à la taille. Ils avaient essayé par tous les moyens d’ouvrir la porte… sans succès.
- Chers amis, répéta-t-elle. Nous sommes piégés dans une pièce qui s’inonde de seconde en seconde. Nous allons périr noyés. Je propose d’occuper joyeusement nos derniers instants.
Silence.
- C’est vrai, admirent certains.
- J’adore, murmura Marco. Nous allons périr noyés. Occuper joyeusement nos derniers instants.
- Et comment ? riposta Ama. En se racontant des blagues, sans doute ?
- Ben… dit Val, on n’a qu’à se dire tout ce qu’on n’a pas osé se dire.
- C’est ça, ricana à voix basse Marco. Dis plutôt que tu espères que je vais te faire une déclaration…
Sa phrase se termina en une gifle, dixit Ama.
- Oh, ça va !
- J’aime pas trop ton idée, déclara Prisci.
- Pourquoi ? demanda Val.
Silence.
- J’aime pas ton idée quand même, répéta Prisci.
- Eh ! mais, dit soudain Marco. Je viens de penser à un truc !
- Fais gaffe à ce que tu dis, gronda Ama.
- Il y a une autre ouverture, dans cette pièce, qui permettra d’évacuer l’eau !
Un insensé espoir s’empara d’eux, et tous les regards se dirigèrent vers Marco. Ama elle-même eut l’air étonnée.
- La serrure ! triompha Marco.
- Mais c’est vrai ! se réjouit Prisci.
- Non, émit Corentin, toujours hystérique. Non, c’est la fin… La malédiction nous a condamnés… Tout est perdu !
- Ta gueule, toi ! râla Jérémy en le giflant.
Au même instant, un étrange bruit de succion les fit tourner la tête. Interloqué, Marco se dirigea vers la serrure.
- Merde ! jura-t-il.
- Ne souille pas l’air que tu respires… monologua Corentin.

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MessageSujet: Re: Tralalalalaoaaaa   Sam 27 Mai à 12:06

- C’est pas vrai ! continua Marco.
- Quoi, qu’est-ce qu’il y a ? demanda Jérémy.
- Alors ça, c’est pas croyable !
- Mais dis-nous ! implora Val.
- Alors là, j’ai de la peine à le croire !
Prisci poussa Marco et regarda la serrure.
- Mince alors ! Elle est plâtrée.
- QUOI ?! s’écrièrent en même temps sept voix paniquées.
- Je vous l’avais bien dit, râla Corentin dans un éclat de rire. C’est la malédiction… Ils ne vont pas nous laisser vivre !
Tout espoir avait disparu.
- Mais enfin, dit Val d’une voix tremblante, qui a plâtré la serrure ?
Un vent mystérieux soufflait les mèches d’Ama. Le sang coulait élégamment sur ses bras, et dans ses yeux un froid éclat brillait. Elle se tourna vers la porte, le visage fermé.
- Nous ne sommes pas seuls… dit-elle lentement.
- Evidemment ! ricana Corentin. Nous n’avons jamais été seuls ! Ils viennent nous punir de nos péchés…
L’eau leur arrivait à mi-ventre. C’était difficile, pour Jérémy, de gifler Corentin dans un tel environnement, aussi se contenta-t-il d’un coup de poing.
- Mais c’est terrible ! paniqua Val.
- L’eau est vachement froide, constata Nath.
- Encore une remarque stupide comme celle-la et je me charge de remplir ton crâne vide, moi ! menaça Prisci.
Nath leva les yeux au ciel.
- La serrure… dit Ama à voix basse. C’est ça qui m’inquiète.
- Ca n’a plus d’importance, râla Corentin en essayant de danser.
- Eh merde, à la fin ! s’emporta Jérémy.
Il alla vers Corentin et posa ses mains sur sa tête.
- C’est l’extrême-onction, badina Corentin.
- Tu vas la fermer, oui ! rugit Jérémy en poussant Corentin dans l’eau.
Corentin devint immobile et ne se débattit pas. Quelques bribes de message aquatique leur parvenait :
- Je… retrouver… le Seigneur… c’est la fin… adieu…
- Dis donc, s’inquiéta Prisci, il faudrait pas qu’il meure noyé, non plus !
- Tant qu’il sait parler, il est pas noyé, riposta Jérémy.

L’eau leur arrivait maintenant aux épaules.
- C’est fini !
Tous étaient très abattus. Ama avait le visage fermé mais ne semblait pas effrayée. Elle plongea dans l’eau.
Elle revint à la surface quelques instants plus tard. Eclatant de rire, elle brandit… un morceau de planche.
- Bon sang ! s’enthousiasma Val.
- Quoi, tu comptes défoncer la porte avec ? demanda Nath.
- Imbécile ! l’insulta Prisci. Elle va boucher le trou, tiens !
- Mais comment fera-t-elle tenir la planche ?
Cette remarqua dégrisa le groupe un instant.
- Peu importe, dit Val tandis qu’Ama replongeait avec la planche. Ca nous laisse un peu de répit.
- Un peu de répit, répéta Nath.
Le groupe fut encore plus dégrisé.
- Que fais-tu, malheureuse ! psalmodia Corentin. Il ne faut pas repousser le jour du Jugement Dernier…
- Que quelqu’un le fasse taire, bon sang ! s’égosilla Val.
Jérémy se contenta d’éclabousser l’hystérique.
- Je doute qu’Ama parvienne à boucher le trou plus de cinq secondes, commença Nath.
- Ne sois pas pessimiste, dit Prisci.

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MessageSujet: Re: Tralalalalaoaaaa   Sam 27 Mai à 12:06

- Non, sérieusement. Vous savez, c’est toute la mer qu’elle va arrêter avec son petit morceau de bois. De toute façon, elle devra bien remonter pour respirer.
Un instant plus tard, Ama remontait effectivement à la surface.
- Impossible de faire tenir la planche, expliqua-t-elle. Le jet d’eau est trop puissant.
L’eau recouvrait maintenant leurs épaules et attaquait leur cou. Prisci regarda le plafond et grimaça :
- Il est assez bas. Si je savais à quelle vitesse l’eau s’écoule… en combien de temps il remplit la pièce et quel volume a la pièce, je pourrais calculer le temps exact qu’il nous reste à vivre.
Elle se tut et regarda Jérémy. Le dieu antique passa sa main dans les cheveux avec un clin d’œil enjoué et reçut sur sa divine joue une baffe bien placée de la païenne Ama.
- Mais c’était pas toi que je regardais ! expliqua Prisci. Je cherchais Liko. Tu l’as mis où, dans tout ça ?
Au même instant, un coup de froid passa sur le groupe. Jérémy pâlit.
- L… Liko ? Ah, oui, bien sûr. Euh, eh bien, en fait…
- Ca va, tu l’as laissé tomber, on a compris, coupa Prisci.
Nouveau coup de froid.
- Et ça ne te gêne pas que Liko soit au sol depuis… s’indigna Nath.
Elle regarda Jérémy :
- Depuis combien de temps ?
- Héhé… Arheum. En fait…
Silence.
- En fait… euh…
Regards assassins convergeant avec un accord tacite vers Jérémy.
- … je sais pas.
Effroi.
- Mais qu’est-ce qu’on attend pour aller le repêcher ! s’écria Ama.
Sans attendre la réponse, elle plongea dans l’eau.
- Ca vous paraît pas bizarre ? observa Nath. Corentin n’a plus déliré depuis au moins cinq minutes !
- Il essaie de mourir, à mon avis, dit Val. Pour rejoindre plus vite les anges des cieux, ajouta-t-elle en levant les yeux d’un air peiné.
Effroi numéro deux.
- QUOI ! hurla le groupe.
- Ben oui, et alors ? s’étonna Val.
- Mais alors, il est sûrement dans l’eau en train d’attendre, ce petit imbécile ! répondit Marco.
- Ama le repêchera en même temps, les rassura Val.
- Non, parce qu’elle doit fermer les yeux, étant donné la quantité de sel dans l’eau, répliqua Prisci. Si j’avais du dioxyde de carbone en flacon de verrerie… si je savais quelle exacte quantité de monoxyde c0³ il y a dans l’eau… je pourrais diminuer le sel.
- On va tous crever et toi, tu arrives encore à nous ramener ta science ! râla Nath.
- Et en plus, c’est pas du dioxyde de carbone qu’il faut, dit Marco. C’est du monoxyde de carbone.
- Mais non ! protesta Prisci. Dans le monoxyde, y a rien d’important.
Ils s’aperçurent alors qu’ils nageaient pour rester en surface, et que leurs têtes approchaient dangereusement le plafond. Tous furent saisis de peur : la mort approchait.
Ama émergea en soufflant, Liko sur son épaule.
- Tu sais, tu aurais pu le laisser là, observa Nath. C’est un lourd fardeau à présent. Au moins, sur le sol, il ne pouvait pas tomber plus bas.
Prisci poussa un soupir de gratitude.
- C’est bien de se sentir soutenu, dit-elle.
- Et Corentin ? dit Val. Personne ne va le repêcher ?
- Comment ça, il est blessé ? demanda Ama.
Val lui expliqua l’affaire et conclut :
- Si quelqu’un est volontaire…
Silence pesant.
- Mais… personne ne veut sauver Corentin ? s’étonna Val.
Personne ne répondit.

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MessageSujet: Re: Tralalalalaoaaaa   Sam 27 Mai à 12:07

- Prisci ? demanda Val en se tournant vers elle.
- Eh bien, commença-t-elle. Je ne suis pas assez forte pour nager et soulever Corentin… je risque de couler.
- Ama ?
- Ah non, j’ai déjà remonté Liko. Je suis crevée, moi !
- Marco ?
- Je souffre d’asthme… Je n’ai aucune souffle.
- Jérémy ?
- Désolé, je ne sais pas nager.
- Nath ?
- Qui, moi ?
- Bon, ça va, tu remontes Corentin. Allez, zou.
Nath voulut protester :
- Attends, je suis la dernière personne à choisir.
- Et pourquoi ça ?
- J’ai des verrues.
- Des ver…
Val eut un rire nerveux. Ses cheveux frôlaient le plafond.
- Bon, je suppose qu’il faut choisir quelqu’un d’autre.
- Toi, par exemple ! proposa Jérémy.
- Impossible, répondit Prisci avant que Val eut le temps de répondre.
- Et pourquoi ? voulut savoir Jérémy.
- Parce que. Val n’est pas la personne qualifiée.
- Alors, qui ? s’impatienta Marco.
Au même moment, Val poussa un hurlement qui glacèrent les sangs du groupe.
Son hurlement était inhumain. Effrayant. Inquiétant…

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MessageSujet: Re: Tralalalalaoaaaa   Sam 27 Mai à 12:07

Episode 3

Marco voulut rassurer à sa manière Val et s’attira une baffe d’Ama, le dieu antique demanda d’une voix autoritaire ce qu’il se passait, Prisci fut prise d’effroi et Nath haussa les sourcils :
- Quoi, t’as perdu une boucle d’oreille ?
Le hurlement de Val se finit sur une note très aiguë, à la limite de l’ultrason. Enfin, elle prit la parole d’une voix paniquée :
- Ma tête est contre le plafond ! Elle appuie dessus ! Je ne peux pas descendre plus bas sans risquer d’avaler de l’eau.
Un vent d’effroi glaça le groupe tandis que Val se mettait à pleurer.
- Ah, mais moi aussi ! constata Jérémy.
- Et moi, ça approche, dit Prisci.
- Moi, je ne sens encore rien, déclara Nath.
- Moi aussi ! s’écria Ama.
- Du courage, ma belle ! chanta Marco en essayant d’entourer Val de ses bras. Je t’accompagnerai dans la…
Ama donna un coup de poing qui traversa le temps et l’espace à une vitesse prodigieuse pour finir sa course presque sur la joue de Marco. Ce n’était pas très réussi, mais il y avait des circonstances atténuantes.

A présent, c’était vraiment fini. L’eau avait presque rempli toute la pièce et il était pratiquement impossible de respirer.
Tous étaient résignés. Ils n’avaient qu’une grande bouffée d’air avalée en vitesse en guise d’oxygène. Ils nageaient pour la dernière fois dans l’eau salée. Ama nageait sentencieusement, la mine grave. Jérémy se confessait en pensée. Nath cherchait le maudit trou en tâtonnant les murs. Prisci cherchait Corentin à tâtons sur le sol. Marco cherchait Val, les mains devant lui. Val essayait de deviner la quantité de kilos que lui auraient fait perdre les trois longueurs qu’elle venaient de faire. Bref, tous avaient la mort dans l’âme et préparaient leur esprit à aller dans l’au-delà.
Ils commençaient à manquer d’air lorsqu’ils entendirent un craquement. Ou plutôt, un grincement. Pas un grincement de porte, mais un grincement quand même… Ca avait l’air de venir d’en dessous d’eux.
Prisci, qui commençait à désespérer en pensant qu’elle ne mourrait jamais avec Corentin dans ses bras, eut l’impression que le sol changeait. En vérité, c’était lui qui craquait et grinçait. Pendant environ dix secondes, le sol continua à gémir. Et puis soudain, un craquement plus fort que tous les autres retentit et le sol s’effondra.
Aussitôt, l’eau tomba. Et avec elle tous les membres du groupe.
Qu’est-ce qui tombe le plus vite : un mètre cube d’eau salée, ou dix adolescents qui étaient à l’origine dans le mètre cube ?
Réponse : l’eau. Les dix adolescents en question sortent donc de l’eau dans leur chute et tombent au-dessus d’elle. En tout cas, c’est ce qui arriva au groupe qui ne tarda pas à respirer et à tousser en essayant d’avaler de l’air.
L’eau s’effondra, dans un fracas éblouissant, sur le sol en dessous, formant une gigantesque flaque. Les « morceaux de sol » gisaient là. Le groupe ne tarda pas à les rejoindre, dans un concert de toussotements.
Les toussotements firent place à un gémissement de douleur unanime. Beaucoup s’étaient écorchés sur les débris de ce qui avait été jadis un sol solide. Les autres étaient mal tombés.
Au gémissement de douleur suivit la grande bouffée d’air frais. Ils respirèrent ainsi, lentement, oxygénant leur cerveau et leurs facultés vitales.
Et lorsque enfin ils se furent refait une santé, ils purent se plaindre à leur aise :
- J’ai mal !
- Le sol a trahi Ta Volonté, Seigneur, constatait Corentin, qui s’était réveillé sous le choc. Mais dans Ta Grandeur, Tu lui pardonneras.
- Mon bras, ah p… ! jura Prisci en regardant son bras, dans un très vilain état.
- Liko ! s’affola Val.
En traînant la jambe, qui n’était pas belle à voir, elle se dirigea vers le petit corps pâle, dont la bouche et le nez et le front et l’épaule saignaient.

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MessageSujet: Re: Tralalalalaoaaaa   Sam 27 Mai à 12:07

- Liko, non…
Elle serra le visage figé à jamais dans ses bras ensanglantés.
- Aaah… non ! gémit-elle.
- Il est mort ? demanda Nath.
- Ben non, tu vois bien, répondit Liko.
- Quoi ? s’étonna Val.
- QUOI ! s’écria Liko.
Il se dégagea de l’étreinte de Val et rampa en arrière un mètre plus loin.
- Liko est vivant ! se réjouit Val. C’est un miracle !
- Mais oui, pourquoi ? répondit Liko, perplexe.
- Je vais t’expliquer, dit Ama.
- Non, il faut d’abord le soigner, répliqua Prisci.
- C’est vrai que j’ai mal à l’épaule, gémit Liko.
- Zut ! dit Jérémy en examinant la plaie. Le bandage que j’avais fait…
- … avec le morceau de MON tee-shirt, coupa Corentin.
- … s’est détaché !
- Qui est volontaire pour donner un morceau de son tee-shirt à la patrie ? demanda Nath.
Silence.
- Val ?
- Oui, c’est vrai ça, pourquoi pas Val ? renchérit Marco en souriant.
- Peut-être parce qu’elle n’a qu’un minuscule top ? suggéra Ama en fusillant du regard Marco.
- Prisci ?
- Ah, non, je viens de l’acheter ! protesta-t-elle. C’est mon préféré !
- Jérémy ?
- Il est impossible à déchirer, mon tee-shirt. Désolé.
- Ama ?
- J’étais en pyjama quand le bateau a fait naufrage…
- Corentin ?
- J’ai déjà donné mon morceau, moi !
- Tiens, t’es plus hystérique !
- Ben non !
- Ca change agréablement. Je suis sûre que tu vas nous étonner. Si ça se trouve, tu es intelligent et courageux !
- Oh, ça va…
- Marco ?
- Mais ça va pas, non ? Il y a des broderies en or sur mon tee-shirt !
- Je ne les vois pas !
- C’est normal, elles sont sur le revers.
- Pourquoi on n’utilise pas le tee-shirt de Liko ? proposa Prisci.
- Parce que Liko n’a pas de tee-shirt.
- Comment ? s’indigna Val. Mais c’est pas hygiénique !
- Il a quoi, alors ? demanda Prisci.
- Ben, regarde par toi-même !
Prisci regarda donc.
- N’oublie pas de t’attarder, hein ! s’impatienta Nath.
- Il a quoi ? demanda à son tour Val, les yeux avides.
- Je cherche ! répondit Prisci.
- QUOI ! s’étonna Val. Tu veux dire que…
- Il est…
Prisci n’eut pas le temps de finir sa phrase que Val la bousculait.
- … torse nu, termina-t-elle.
- Dis donc, au lieu de me regarder comme ça, finit par réagir Liko, assez gêné, vous pourriez continuer à chercher le donneur de tee-shirt ? Je souffre, moi !

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MessageSujet: Re: Tralalalalaoaaaa   Sam 27 Mai à 12:08

- Il n’y a que Nath, dit Prisci en se détournant.
- D’accord, céda-t-elle.
En grommelant, elle entreprit de tuer son tee-shirt tant bien que mal.
- Et voilà, dit-elle en essorant le tissu.
- Je peux faire le bandage ? demanda Val, une étrange note dans la voix.
- Je propose que le bandage soit fait par un garçon, répondit Nath.
- J’ai pas envie, dit Marco.
- J’ai pas envie, dit Jérémy.
- J’ai pas envie, dit Corentin.
- Rââ, mais vous pouvez pas laisser votre compagnon aux soins de ces vampires assoiffés de chair humaine ! s’indigna Nath.
- C’est pas un compagnon ! répliqua Corentin. C’est Liko.
- C’est bon de se sentir aimé, soupira Liko.
- Faut dire que jusqu’à présent, dit Corentin, t’as pas servi à grand-chose, à part nous encombrer.
- Ohé, c’est pas moi qu’ai décidé d’être inconscient, hein !
- Et alors, rétorqua Corentin, si t’étais pas là, tu nous aurais pas emmerdés avec ton corps à porter !
- C’est pas le moment de faire une dispute de gamins ! coupa Nath alors que Liko se préparait à réagir. Il faut faire le bandage, en attendant.
- Ca me va, dit Val.
- Tu fais des bandages comme une chaussette, dit Prisci. C’est moi qui doit le faire !
- Mais je suis entourée de bras cassés, gémit Nath, c’est pas vrai ! Bon, eh bien, je le ferai !
- Profiteuse, murmurèrent Val et Prisci.
Sans répondre, Nath se dirigea vers Liko et entreprit d’enrouler le tissu autour de la plaie. Elle n’avait jamais fait ça et n’était franchement pas douée. Elle termina le hors-d’œuvre par un nœud grossier et recula de quelques pas pour admirer le résultat.
- Il est nul, ton bandage, dit Prisci en le regardant d’un air critique. Laisse-moi le refaire.
- C’est très bien comme ça, se hâta de préciser Liko en se relevant.
- Et ce nœud, grimaça Val. Il tiendra jamais !
- Il tiendra très bien ! assura Nath.
- Liko l’aurait mieux fait s’il l’avait fait lui-même, remarqua Jérémy d’un ton perfide.
- Oui, mais moi je me dévoue, au moins ! répliqua Nath.
- Bon, on se remet en route ? proposa Corentin. Au fait, t’as toujours ton fil de fer ?
Nath blêmit.
- Zut ! je crois pas. Attends, dit-elle en fouillant ses poches.
- Il est sans doute par terre ! suggéra Ama, qui était restée silencieuse depuis quelques temps.
Elle se mit à chercher sur le sol, à retourner les débris de l’antique sol, à fouiller du regard les flaques d’eau.
- Je ne le vois pas, constata-t-elle.
- Il n’est pas dans mes poches, se désola Nath.
- Comment va-t-on ouvrir les portes verrouillées ?
Au même instant, Corentin clama :
- Eh voilà ! Ils ont volé le fil, ils ne nous laisseront jamais partir vivants ! Dieu nous punit d’avoir méprisé Sa volonté !
- C’est pas vrai, encore hystérique ! se lamenta Jérémy en giflant Corentin.
Cette fois-ci, la gifle eut de l’effet. Corentin se reprit et fit signe que ça allait.
- Il faudra trouver autre chose, conclut Ama.
- Je propose de défoncer la porte avec un de ces morceaux, dit Marco en désignant les débris du sol.
- On peut toujours essayer, dit Ama en haussant les épaules. Mais il va nous falloir trimballer le morceau pendant tout le trajet.
- Ca pourrait faire une super arme ! s’enthousiasma Marco.
Au même instant, un des légendaires vents de paniques glaça le groupe. Marco venait de leur rappeler qu’ils n’étaient pas seuls. Et que les gens qui les accompagnaient n’avaient certainement pas d’innocents desseins.

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MessageSujet: Re: Tralalalalaoaaaa   Sam 27 Mai à 12:08

- Moui… acquiesça Prisci en réfléchissant. Je ne vois pas de meilleur plan pour le moment. Allez, vous autres. On va prendre le plus petit.
Elle s’avança vers le morceau en question et leur jeta des regards interrogatifs.
- Qu’est-ce que vous attendez ?
- Je suis blessé, dit aussitôt Liko. Je ne pourrai jamais le transporter.
- On est tous blessés, souligna Ama. Même toi, avec ton bras.
- Mais c’est vrai ! se souvint Prisci. Merde alors, comment on va transporter un truc comme ça ? Y a pas quelqu’un plus ou moins en bonne santé ?
- J’ai pas grand-chose, dit Ama. Mais je suis crevée.
- Moi aussi, dirent plusieurs voix.
- Il vaudrait mieux dormir un peu, pour reprendre nos forces, suggéra Ama. Comme ça, nos blessures auraient le temps de cicatriser, et on sera dispos.
- C’est vrai, obtempéra Nath. Mais il faudrait quelqu’un pour monter la garde. Je n’aime pas l’idée de dormir sans défense dans un lieu pareil, vraiment pas.
- Ce serait mieux de faire des tours de garde, parce que la sentinelle finit toujours pas s’endormir, déclara Corentin.
- Qui est volontaire ? demanda Nath.
Silence.
- Mais c’est pas vrai ! s’écria Nath, impatientée. Il n’y a donc personne d’un peu volontaire dans ce groupe à la con ?
- Ben… si, hésita Jérémy.
- Parfait, tu prendras le premier tour.
- Eh ! mais j’ai pas dit…
- Qui veut faire le deuxième tour ?
- Ben… dirent plusieurs voix.
- Je suis désolée, je ne le fais pas ! prévint aussitôt Nath. Je suis crevée ! C’est toujours moi qui me démène pour tout le monde.
- Mais traite-nous tout de suite de paresseux ! s’indigna Prisci.
- Si vous n’êtes pas des paresseux, prouvez-le et bougez-vous un peu ! répliqua Nath.
- Je suis désolée, mais t’as pas tout fait, rectifia Prisci.
- Non, c’est sûr, ironisa Nath. J’oubliais que vous avez marché vous-même, comme des grands.
- Eh bien, puisque c’est comme ça, je prends le deuxième tour ! s’enflamma Prisci.
- PARFAIT ! s’exclama Nath. Trouvons un coin sec et pieutons.
Le groupe se mut donc en silence. Tandis que Jérémy se maudissait d’avoir ouvert la bouche et que Prisci regrettait son dévouement spontané, ils s’installèrent dans un endroit où le sol était tout à fait acceptable. Alors que Jérémy s’asseyait en soupirant devant le dortoir improvisé, Nath l’avertit d’un ton dur :
- Tu ne t’endors pas ! Dès que tu sens que t’es vraiment trop fatigué pour continuer, tu réveilles Prisci. Et toi, Prisci, si tu commences à t’endormir et qu’on est toujours endormis, tu nous réveilles.
- C’est pas juste, râla Jérémy. Vous autres, vous aurez tout un temps de repos et nous, on en aura que la moitié.
- La prochaine fois, ce seront d’autres qui monteront la garde.
Nath s’allongea donc dans une position fœtale sur le sol, comme les autres, et dit à la cantonade :
- Bonne nuit !
- Bonne nuit !
- Bonne nuit !
- Bonne nuit !
- Vos gueules ! lança Jérémy, irrité.

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MessageSujet: Re: Tralalalalaoaaaa   Sam 27 Mai à 12:08

Episode 4

Jérémy s’emmerdait ferme. Tous les autres dormaient à poings fermés. Les évènements de la journée avaient eu raison de leurs forces. Quant à la tension très forte qui régnait, elle était atténuée par la présence d’un veilleur bien vaillant, qui aurait peur à leur place.
Ca faisait à peine cinq minutes qu’il veillait, pourtant cela lui apparaissait comme une éternité.
Il regarda le long couloir. Au fond, il y avait deux portes. « Zut ! pensa-t-il. Laquelle on prendra ? »
Il était en colère et contre Nath, et contre lui. Il n’avait vraiment envie que de cela : dormir. Et il avait fallu que ça tombe sur lui, sous prétexte qu’il avait fait un vague « oui » lors de la demande de volontaires ! C’était vraiment n’importe quoi !
Il s’efforçait de ne pas penser au doux plaisir que lui aurait procuré une bonne nuit de sommeil, et de se concentrer sur sa tâche.
Soudain, il vacilla. Il secoua la tête, perplexe. Visiblement, il s’était endormi. Ou presque.
Il plissa les yeux. Mais non, il n’avait pas rêvé ! Un violent tremblement s’empara de lui : il avait vu une des portes, au fond, s’ouvrir.
S’ouvrir sur une grande silhouette noire, celle d’un homme de toute évidence.
Il fit un geste pour bouger. S’enfuir. Mais non. Son cerveau commandait aux muscles mais aucun de ces derniers ne remuait. Avec un peu de chance, s’il restait parfaitement immobile, l’homme ne le remarquerait pas.
Il était comme ankylosé. L’homme s’avançait droit vers lui. La terreur s’insinua en lui. Il voulait crier. Il voulait courir. Mais le cri ne sortait point et les jambes ne bougeaient pas et il restait comme ça, stupide statue immobile.
L’homme était maintenant tout près de lui. Jérémy ne pensait plus.
- Toi, souffla l’inconnu.
Sa voix était glacée et rocailleuse.
- Viens zavec moi, ordonna-t-il.
Jérémy n’eut même pas la présence d’esprit de lutter. Terrifié, il se leva et suivit l’homme.

Ama leva brusquement les yeux. Ils étaient toujours comme ça, ses réveils. Brusques, incontrôlables.
Elle se leva, encore un peu fatiguée, grisée par le sommeil réparateur. Elle s’étira, calme et dispos. Ses jambes craquèrent quand elles les bougea.
Elle promena son regard sur le groupe endormi. « C’est pas tout ça, mais faudrait les réveiller » se dit-elle. Elle observa que personne n’était éveillé, à part elle, ce qui signifiait que la sentinelle s’était endormie. « J’aime avoir confiance en ceux qui sont responsables de ma sécurité » pensa-t-elle et elle secoua Marco, qui dormait – mais quelle coïncidence – tout près de Val.
- Non… grommela-t-il en se retournant.
Ama le secoua encore plus.
- Rooh… râla-t-il en se levant.
- Debout, tout le monde ! cria-t-elle.
- Hein ? quoi ?
Ama fit donc lever le groupe le plus bruyamment possible.
- Vive la discrétion, grogna Nath en se levant. Je te signale qu’on n’est pas seuls dans ce bateau.
- J’arrive pas à croire que tu râles alors que t’es même pas encore tout à fait levée, remarqua Prisci.
Nath ne répondit pas.
- Au fait, gronda-t-elle soudain, fusillant du regard Prisci. Je t’avais dit de nous réveiller si tu commençais à t’endormir !
- Hein ? s’étonna Prisci.
- Mais c’est vrai, on peut jamais faire confiance à personne ici !
Nath se remit à râler tandis que Prisci réfléchissait.
- A mon avis, c’est Jérémy qui s’est endormi, supposa-t-elle. Je ne me souviens absolument pas d’avoir monté la garde.
- C’est possible, acquiesça Ama.
Soudain, elle fronça les sourcils :

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MessageSujet: Re: Tralalalalaoaaaa   Sam 27 Mai à 12:09

- Tiens, où il est, Jérémy ?
Tous les membres du groupe se mirent à chercher du regard Jérémy. Mais il n’était pas là. Corentin retomba dans l’hystérie, criant que Jérémy avait attiré la malédiction et qu’il en avait payé le prix. Comme Jérémy n’était pas là pour le gifler, Ama s’en chargea, mais ça n’eut aucun effet.
- Il est vraiment chiant, quand il veut, Corentin, marmonna Nath. J’aurais dû lui donner le premier tour de garde.
- C’est marrant, je pense la même chose mais pas pour la même personne, ironisa Prisci.
- Ca va, ça va… mais en attendant, on a un gros problème : Jérémy a disparu !
Corentin s’apprêtait à pousser un hurlement délirant mais Ama le gifla d’une manière spectaculaire. Le bruit était vraiment impressionnant.
- Peut-être s’est-il simplement baladé, suggéra Val.
- J’en doute, fit Ama. Jérémy était crevé.
- Mais peut-être qu’il a marché pour s’empêcher de dormir ? insista Val.
- Non, dit Nath. Si Jérémy était à ce point fatigué, il ne se serait pas posé de question et il aurait réveillé Prisci. Ca ne me plaît pas, mais je pense que la thèse la plus probable est celle de l’enlèvement.
- T’es vachement pessimiste, quand même, observa Marco. Si on avait voulu enlever Jérémy, il se serait débattu, il aurait crié, il nous aurait réveillés.
- A moins qu’il n’ait été drogué, répliqua Nath.
- Et comment ? On n’a rien bouffé depuis le naufrage. D’ailleurs, je crève la dalle.
Les évènements leur avaient fait oublier leur ventre gargouillant et leur estomac vide, mais à présent, la faim revenait en force.
- Oh non ! gémit Val. Si on ne sort pas d’ici, on va mourir de faim.
- Sortir d’ici, répéta Nath. Et où on atterrirait ? Je pense que nous sommes dans le bateau. Souvenez-vous, quand on était dans la pièce inondée. On a entendu des grincements et tout ça, puis on a senti qu’on tombait, et puis seulement l’eau a monté. Le bateau devait être coincé dans les récifs ou quelque chose comme ça, puis il est tombé dans la mer. Si on arrive à sortir d’ici, on se retrouverait probablement en pleine mer, et on mourrait écrasé par la pression.
- Mon Dieu ! s’écria Val, horrifiée.
- Tu as oublié quelque chose, dit Marco, tandis que Corentin se lamentait. Le bateau doit être en mauvais état. Comment expliques-tu que tous ces couloirs et ces portes soient en bon état ?
- On doit probablement être à l’arrière, répondit Nath.
- Et aussi, autre chose. Pendant le naufrage, comme se fait-il que nous ayons atterri dans le bateau ? Même en admettant que le sol s’était détaché à cause de rochers ou je ne sais quoi, ce n’est pas logique : quand on était dans la pièce, et que toi, Liko et Jérémy étaient dans le couloir, il n’y avait de trou nulle part. On était vraiment bloqués, et la porte était soigneusement verrouillée.
-

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MessageSujet: Re: Tralalalalaoaaaa   Sam 27 Mai à 19:00

- C’est vrai, admit Nath.
- De toute façon, là n’est pas la question, dit Ama. Il faut retrouver Jérémy.
Val regarda rapidement le couloir.
- Il y a deux portes de chaque côté, constata-t-elle.
- Laquelle faut-il choisir ? s’inquiéta Nath.
- J’aime bien celle de droite, sur ma gauche, déclara Marco.
- Je préfère celle de gauche sur ma droite, répliqua Val.
- Mais non, elle est moche celle-là, grimaça Marco.
- La tienne n’est pas tellement mieux !
- Am, stram, gram…, commença Prisci.
- Mais ta porte est toute taguée et horrible ! C’est celle de l’Enfer, c’est pas difficile à comprendre !
- … pic et pic et col et gram…
- Et la tienne, alors ? Elle est toute noire, bah ! C’est abominable !
- … boule et boule et ratatam…
- Au pif, la droite sur ma droite ! déclara Nath.
- … am, stram, gram ! La gauche sur ma gauche !
- Il faut voter, dit Ama. Moi je dis, la droite sur ma gauche.
- Eh ben voilà ! triompha Marco.
- Mais la gauche d’Ama n’est pas la même que la tienne, observa Val. Elle veut dire la droite sur ma droite, en fait.
- La même que moi ? demanda Nath.
- Non, l’autre !
- C’est incompréhensible, ce code pour désigner les portes, dit Nath qui pressentait le mal de tête. Il vaut mieux attribuer des numéros. Celle-là, c’est la 1, celle-là la 2, celle-là la 3 et celle-là la 4. Qui vote pour la 1 ?
Val et Marco levèrent la main.
- Hein ? s’étonna Nath. Vous avez déjà changé d’avis ?
- Mais non ! protesta Val.
- Je répète : la 1, la 2, la 3, la 4. Qui vote pour la 1 ?
Val leva la main.
- Quoi ? dit-elle en regardant autour d’elle.
- Bon, qui vote pour la 2 ?
- Mais c’est pas croyable ! Il y a sûrement une erreur, là.
- Tais-toi !
- Je réclame le droit de défendre mon choix ! clama Val, révoltée.
- D’accord ! accorda Nath en levant les yeux au ciel.
- Et pourquoi on doit avoir la permission de Nath pour faire quelque chose ? releva Prisci.
- C’est vrai, quoi ! acquiesça Marco.
- Et pis j’en ai marre, moi ! s’impatienta Nath. Démerdez-vous, tout intelligents que vous êtes. Je vais ouvrir la porte à droite sur ma droite et basta.
Nath tourna dignement les talons et s’avança vers la porte en question.
- Bon, soupira Marco tandis qu’Ama giflait Corentin qui venait de débiter une sottise impardonnable. Je maintiens mon choix : la porte de droite sur ma gauche !
- On n’a qu’à aller chacun de son côté, proposa Val.
- Mais vous êtes dingues ou quoi ! s’écria Ama. Il faut rester ensemble.
- Et pourquoi ? demanda Marco.
- Ben… chais pas, mais dans tous les livres les groupes restent ensemble.
- On n’est pas dans un livre, là, remarqua Marco. Donc, on peut parfaitement se séparer.
- Ca ne me plaît pas, dit Ama. D’ailleurs, la seule solution qu’on a pour ouvrir une porte verrouillée, c’est la défoncer avec un morceau de sol. Et on peut pas porter un morceau de sol tout seul.
- C’est vrai, acquiesça Val.
- Ben, c’est simple, dit Marco. Ceux qui veulent aller vers la même porte vont ensemble.
- Dans mon cas, je suis seule à vouloir aller à la porte 1, dit Val.
- Non, non, non et encore non ! refusa Prisci. Ce n’est pas la solution. Ama a raison, il faut rester ensemble. Et comme Nath s’est cassée à sa porte, autant la rejoindre.
- C’est dingue, elle parvient toujours à nous dicter son choix, même quand elle est pas là ! râla Marco.
- Oui, c’est lourd, dit Val. Rien que pour cette raison, je choisirais une autre porte.
- On ne peut pas réfléchir clairement avec Corentin en sourdine, grommela Prisci. Ama, fais-le taire une bonne fois pour toutes.
Ama se dirigea donc vers Corentin et le regarda droit dans les yeux :
- Tais-toi.
- Ce n’est pas vraiment à ça que je pensais, rectifia Prisci.
Comme Corentin ne se taisait pas, Ama lui donna un coup de pied dans le ventre. Le choc coupa la respiration à l’hystérique qui ne put délirer pendant un bon bout de temps. Ama le releva avec rudesse par son pull et répéta d’une voix glaciale :
- Tais-toi.
Corentin n’obéit pas. Nouveau coup de pied, encore plus puissant. Le garçon hoqueta, cracha, s’étrangla… puis se tut enfin.
- Très bien, lâcha Prisci. J’ai déjà les idées beaucoup plus claires.
Effectivement, et ce n’était pas une façon de parler.

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